Le Parfait Négociant

Le Parfait Négociant

En 1675, dix ans avec la publication du Code Noir, paraît à Paris un ouvrage intitulé Le Parfait Négociant, dédié à Colbert. L’auteur en est le financier Jacques Savary.

Jacques Savary, l’auteur du Parfait Négociant

Le Parfait Négociant est un manuel pratique destiné à développer le commerce français et particulièrement l’esclavage des Africains.

Le retentissement est immense. L’ouvrage va être maintes fois réédité et traduit dans de nombreuses langues européennes.

Le chapitre 54 de la seconde partie est entièrement consacré au « commerce des Iles de France », c’est à dire à la traite des Africains. Pendant toute la période où cette activité sera légale (et même après…) ce sera la bible de ceux qui investiront dans ce commerce florissant, soutenu officiellement par la France et, au XVIIIe siècle, par presque tous les intellectuels européens.

Pour avoir une idée de la réalité de la traite, et des justifications religieuses qui en sont alors données (elles seront bientôt remplacées par une idée nouvelle, bien plus efficace, et toujours utilisée, l’idée de race) voici ce qu’on peut lire aux pages 139-140 :

Dès le moment qu’on a fait la traite des nègres, et qu’ils sont embarqués dans les vaisseaux, il faut mettre les voiles au vent…

« L’esclavage peut paraître inhumain à ceux qui ne savent pas que ces pauvres gens [les Africains razziés] sont idolâtres ou mahométans et que les marchands chrétiens, en les achetant de leurs ennemis, les tirent d’un cruel esclavage et leur font trouver dans les îles où ils sont portés non seulement une servitude plus douce, mais même la connaissance du vrai Dieu et la voie du salut, par les bonnes instructions que leur donnent des prêtres et religieux qui prennent soin de les faire chrétiens ; et il y a lieu de croire que sans ces considérations, on ne permettrait point ce commerce […] 

Il faut remarquer que dès le moment qu’on a fait la traite des nègres, et qu’ils sont embarqués dans les vaisseaux, il faut mettre les voiles au vent.

La raison en est que ces esclaves ont un si grand amour de leur patrie, qu’ils se désespèrent de voir qu’ils la quittent pour jamais, ce qui fait qu’il en meurt beaucoup de douleur et j’ai ouï dire à des négociants qui font ce commerce de nègres, qu’il en meurt plus avant de partir du port que pendant le voyage : les uns se jetant dans la mer, les autres se battant la tête contre le vaisseau, les autres retenant leur haleine pour s’étouffer et d’autres qui ne veulent point manger pour se laisser mourir de faim.

Les faire danser et les tenir gais le long du chemin…

C’est pourquoi il serait bon pour la conservation des nègres d’embarquer quelque personne qui sût jouer de la musette, de la vielle, violon, ou de quelque autre instrument pour les faire danser et les tenir gais le long du chemin; car c’est un bon moyen pour les transporter en santé et quand on les expose en vente, on les vend toujours davantage, quand ceux qui les achètent les voient gais et gaillards. »

Ou quelque autre instrument pour les faire danser…

Une réaction au sujet de « Le Parfait Négociant »

  1. Merci Claude
    Tu nous sors, un peu plus, à chacun de tes écrits de cette obscurité qui pendant une éternité a empêché les nôtres d avancer.

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