Traite française : les vrais chiffres

Traite française : les vrais chiffres

La France a transporté aux Antilles, depuis ses ports, en toute légalité et avec l’appui de l’État, entre 1635 et 1818 (date d’interdiction de la traite par Louis XVIII) environ 1 200 000 personnes (Africains arrivés vivants).

Les descendants de ces Africains déportés par la France (en considérant comme descendant d’esclaves toute personne dont 50 % au moins des ancêtres correspondant à la génération du début de la Révolution française étaient ou avaient été esclaves) représentent au début du XXIe siècle:

10 millions d’Haïtiens vivant en Haïti.

2 millions d’Haïtiens de la diaspora vivant aux USA (1 million dont 600 000 à New York), au Canada, dans les départements d’outre-mer ou en France.

2,5 millions de Français, dont 1 million en France continentale (et 600 000 en île de France : 5 % de la population de cette région).

Ce chiffre pourrait être encore plus important- environ un million de personnes supplémentaires- si l’on prenait en compte les Français ayant, parmi leurs ascendants, au début de la Révolution française, au moins un ancêtre esclave déporté d’Afrique, mais dont moins de 50 % des ancêtres de cette génération étaient ou avaient été esclaves.

Il y aurait donc environ 4,5 millions de Français (7 % de la population) descendants d’esclaves, au sens large, dont 3,5 millions (5,4 % de la population) de descendants « visibles ».

Ainsi, en comptant les 12 millions d’Haïtiens, les descendants d’esclaves déportés par la France seraient aujourd’hui 16,5 millions, dont 15,5 millions de descendants « visibles ».

En se fondant sur le chiffre moyen de 18 000 € par esclave (montant de l’indemnité par esclave versée aux colons en 1849, actualisé selon le principe que le salaire minimum annuel de 2013 équivaudrait peu ou prou à 500 F or, le salaire annuel d’un domestique vers 1850), le chiffre d’affaires de la traite française serait de 21,6 milliards d’euros, dont au moins 50 % de bénéfice net : 10,8 milliards d’euros.

Un exemple du prix d’une Africaine payé en 1790 par les négriers français aux sous-traitants :

Sept pièces de tissu, trois fusils, cinq barils de poudre, cinq barres de fer, huit chapeaux et bonnets, une poignée de perles, quatre cadenas et deux couteaux.

(estimation actualisée : 1000 euros)

Pour un Africain débarqué, les historiens sérieux et honnêtes estiment que 5 Africains étaient morts pendant les opérations de capture et de transport (mort violente par suicide ou par répression des rébellions, maladies). À ce chiffre de 1,2 million, correspondrait donc celui de 6 millions de morts.

Cela représente, pour la France, une ponction sur les régions côtières, principalement de l’Afrique occidentale, de 113 Africains disparus  (19 départs et 94 morts) chaque jour pendant 176 ans.

Les destinations étaient les suivantes : Saint-Domingue (République d’Haïti) 70 %, Martinique 12 %, Guadeloupe et dépendances 11 %, Guyane 4 %, autres destinations dont Louisiane 3 %.

Le chiffre de 1 200 000 Africains débarqués aux Antilles par des bateaux français s’appuie sur les expéditions connues et répertoriées jusqu’en 1818 (date d’abolition de la traite). Il faut donc y ajouter les expéditions clandestines qui se sont poursuivies au-delà de 1818, parfois jusqu’en 1865.

Il faudrait probablement ajouter au moins 300 000 déportés clandestins, ce qui porterait le palmarès de la France à 1,5 million d’Africains déportés et 7,5 de morts.

Les ports de départ des 3849 expéditions esclavagistes connues et légales  (il s’agit d’un chiffre minimum, celui de 4200 étant également avancé) étaient les suivants :

Nantes 1725 expéditions esclavagistes (536 000 Africains déportés) : 4,8 milliards d’euros de bénéfice
Bordeaux 508 ex. (158 000 Africains déportés) 1,4 milliards d’euros de bénéfice
La Rochelle 481 (149 000 Africains déportés) 1,3 milliards d’euros de bénéfice
Le Havre 451 (140 000 Africains déportés) 1,2 milliards d’euros de bénéfice
Saint-Malo 217  (67 000 Africains déportés) 600 millions d’euros de bénéfice
Lorient  144 (44 000 Africains déportés) 400 millions d’euros de bénéfice
Honfleur 136 (42 000 Africains déportés) 378 millions d’euros de bénéfice
Marseille 90 (28 888 Africains déportés) 259 millions
Dunkerque 45 (14 000 Africains déportés) 126 millions
Rochefort 23 (7000 Africains déportés) 63 millions
Bayonne 16 (5000 Africains déportés) 45 millions
Vannes 13 (4000 Africains déportés) 36 millions

En fait, les ports français de commerce (à l’exception des ports de guerre de Brest et de Toulon) ont tous plus ou moins participé à la traite.

 

Les chiffres cités sont bien entendu des estimations.

Une réaction au sujet de « Traite française : les vrais chiffres »

  1. Il faut noter qu’il s’agit d’une estimation basse puisque basée sur le chiffre de 18000€ « d’indemnités » par esclave. Or il est clair que le coût d’un travailleur libre qu’on aurait dû motiver à partir si loin de chez lui, qu’il aurait fallu déplacer dans des conditions convenables, aurait été bien plus important que le coût des déportations telles qu’elles se sont pratiquées. Et comme la richesse produite au fil du temps par les esclaves a forcément fructifié, on pourrait ajouter l’ensemble des intérêts cumulés sur presque 200 ans grâce aux bénéfices de la traite.

    Le bénéfice net de la traite française en prenant en compte les éléments évoqués pourrait être 5 à 10 fois plus important.

    Cela dit, l’estimation du gain véritable pour les esclavagistes est très difficile à établir et le chiffre de votre estimation est une bonne base qui est incontestable.

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