1944 Quand les Antillais libéraient la France

1944 Quand les Antillais libéraient la France

Dans le cadre de l’opération Dragoon (débarquement en Provence des troupes françaises, majoritairement coloniales : issues du Maghreb et d’Afrique subsaharienne) des centaines de jeunes volontaires martiniquais et guadeloupéens débarquèrent dans la nuit du 16 au 17 août août 1944,sur la plage de Cavalaire (Var) et, au prix de très violents combats, réussissent à s’emparer des forts de Toulon, tenus par l’armée allemande (bataille de Toulon du 19 au 24 août 1944). Nombreux furent les soldats de la Wehrmacht qui durent se rendre à des descendants d’esclaves.

Près de 2000 volontaires – communément appelés les dissidents – s’étaient embarqués au péril de leur vie, sur de frêles embarcations, pour fuir leurs îles natales, administrées par le régime de Vichy, et répondre à l’appel du 18 juin 1940 lancé par De Gaulle pour continuer le combat contre l’Allemagne raciste.

Accueillis par les Anglais à la Dominique, les dissidents, au lieu d’être dirigés vers Londres comme ils l’espéraient, furent envoyés – à cause de leur couleur – vers les États-Unis alors ségrégationnistes (seuls quelques Békés furent envoyés à Londres).

De Gaulle les avait réunis en octobre 1942 dans une nouvelle unité : le bataillon des Antilles qui débarqua le mois suivant à la Nouvelle-Orléans et fut acheminé par les Américains à Fort Dix (New Jersey). Une fois entraîné et équipé, le bataillon de marche des Antilles n° 1 fut envoyé à Casablanca où il débarqua en octobre 1943. Envoyé en décembre en Tunisie, il fut intégré à la 1ère division française libre où il prendrait (juin 1944) le nom de 21e groupe antillais de DCA (ou selon l’appellation de l’époque FTA, forces terrestres antiaériennes). Malgré cette spécialité, les Antillais participèrent à la lutte antichar et aux combats d’infanterie.

Le groupe, extrêmement bien armé, se composait d’un état-major et de quatre batteries disposant chacune de 8 canons suédois Bofors de 40 mm. Il s’agissait d’une pièce ultramoderne fournie par les Anglais (certaines équipent toujours l’armée française).

L’état-major comprenait la section de commandement, la section de transmissions, la section réparation et ravitaillement, la section santé et les services généraux.

Chaque batterie de 40 Bofors comptait 4 officiers, 17 sous-officiers, 22 brigadiers et 133 canonniers ainsi répartis: une section de commandement, deux sections à quatre canons de 40 et quatre mitrailleuses lourdes Browning M2 et des services généraux. Chaque batterie disposait en outre de treize mitrailleuses lourdes M2HB destinées à la protection rapprochée et la défense aérienne sur route.

Pour chaque canon, 16 hommes : un maréchal des logis, chef de pièce, armé d’un pistolet-mitrailleur, un pointeur en direction, un pointeur en hauteur, deux pourvoyeurs, un chargeur-tireur, un conducteur pour le GMC tracteur du canon.

Pour chaque mitrailleuse, dix hommes : un brigadier servant la mitrailleuse aidé d’un un mitrailleur chargeur, d’un mitrailleur tireur, d’un brigadier régleur, un pointeur en gisement, un pointeur en site, un canonnier chargé du service général, un radio téléphoniste et un conducteur pour le GMC attelé d’une remorque. A l’exception du chef de pièce tous les personnels étaient armés d’un fusil.

Canon Bofors 40mm

Débarqués à Naples (depuis Bizerte) le 3 mai 1944, où ils livrèrent leurs premiers combats à Ponte-Corvo, Montefiascone, Bolsena , les Antillais furent rembarqués depuis Tarente (ou le général Dumas avait été retenu prisonnier), cette fois pour la France qu’ils atteignirent le soir du 16 août 1944 dans le cadre du débarquement de Provence. Durant les combats des mois qui suivirent, bravant le froid, ils s’illustrèrent particulièrement dans les Vosges (octobre-novembre 1944), notamment à Giromagny (Territoire de Belfort), en Alsace (janvier 1945) et en France-Comté , à Herbsheim (Bas-Rhin) où ils résistèrent pendant 4 jours aux assauts d’un ennemi supérieur en nombre qui les avait encerclés, à Benfeld (Bas-Rhin) où ils furent victorieux, à Colmar où ils participèrent à l’attaque de la ville et réussirent à atteindre le Rhin.

Ils séjournèrent également à Cognac où ils assurèrent la sécurité de la base aérienne.

Marcel Manville et Frantz Fanon étaient du nombre.

Un second groupe, le bataillon des Antilles n° 5, débarqua à Marseille le 15 septembre 1944 et libéra Royan en avril 1945.

Après l’armistice, les rescapés des combats furent renvoyés dans leurs îles. Ils avaient libéré la France. Ils avaient aussi découvert que le racisme ne sévissait pas que dans les colonies. Ainsi avaient-ils assisté, en novembre 1944, au « blanchissement » de leur division où, sous le prétexte du froid (appliqué aux Africains mais pas aux Antillais) 6000 compagnons d’armes africains furent remplacés par des FFI.

À leur retour, les dissidents durent souvent affronter l’incompréhension de ceux qui s’étonnaient que ces jeunes aient versé leur sang pour un pays qui, au fond, les méprisait et les oublierait.

6 réactions au sujet de « 1944 Quand les Antillais libéraient la France »

  1. Le frère de mon grand-père est décédé ce jour, lui qui nous a bercé avec ces guerres. Et qui n’a pas été honoré. Qu’il soient noirs ou békés, les Antillais sont décédés sans aucune reconnaissance de la Nation pour la quelle ils ont versé leur sang. a France ne parle pas d’eux.
    Je suis militaire depuis 20 ans et jusqu’à ce jour je n’ai jamais entendu parler du rôle des Antillais durant cette guerre. C’est honteux.

  2. Mon père, Jérôme-Joseph Mac-Lier, était dissident et à participé de ce fait à l histoire de France.
    Robert Guitaut, c’est le nom d un compagnon d armes de mon père.
    Merci de me dire quelqu un possède des documents, photos ou écrits sur lui.
    A sa mort l’armée n a pas voulu lui rendre les honneurs militaires.

  3. Bernadin Loiseau, mon père, a été le premier à briser le mur du silence en publiant un article le 7 mai 1985 dans France-Antilles. Plusieurs témoignages ont succédé depuis dont celui d’Henri Joseph.

  4. Voir à ce sujet l’extrait d’une allocution à la radio, le 19 mai 1949, du Président Monnerville.
    22 ans de Présidence du Sénat, Plon pp 402-404

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