Que peut-on tirer de l’idée de négritude ?

Que peut-on tirer de l’idée de négritude ?

La négritude est un mouvement littéraire français des années 30 qui s’inscrit dans la vague de négrophilie de l’entre-deux-guerres.

Il est principalement inspiré par le mouvement de la Harlem Renaissance.

Il a été favorisé par Paulette Nardal et illustré par des écrivains talentueux comme Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas et, d’une manière beaucoup plus discutable, par Léopold Sédar Senghor.

En ce sens purement littéraire, la négritude fut une dénonciation du colonialisme qui contribua à la prise de conscience de la valeur de ce que les racistes méprisent ordinairement.

La seule tentative pour apporter des fondements théoriques à l’idée de négritude a été faite par Jean-Paul Sartre dans la préface de L‘Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de Senghor (1948), sous le titre L’Orphée noir.

Dans cette préface de Sartre – dont il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’il est apparenté au docteur Schweitzer – on retrouve malheureusement les poncifs racistes et paternalistes traditionnels .

Au fond, Sartre, comme André Breton avant lui, s’inscrivent dans une tradition qui remonte à l’abbé Grégoire. Pour ces auteurs, la « race » noire est une évidence. Et ils se sentent investis du devoir non pas de la civiliser, comme Jules Ferry, mais à tout le moins d’apporter leur caution morale d’intellectuels européens « progressistes » aux tentatives des écrivains « noirs » pour sortir du marasme intellectuel dans lequel trois siècles de racisme et de colonisation les ont enfermés.

De leur côté, certains intellectuels africains ou afro-descendants, accrochés à l’idée de négritude, n’ont pas évité l’écueil qui consisterait à prouver aux intellectuels européens  autoproclamés « progressistes » qu’ils avaient parfaitement assimilé la « culture » occidentale. D’où des textes souvent obscurs, hermétiques, parfois ridicules, qui ne semblent pas destinés en premier lieu aux opprimés.

Le racisme institutionnel français a parfaitement intégré l’idée de négritude, au point d’y réduire Césaire que les journalistes ont emprisonné dans le béton d’une formule assez méprisante : le « chantre de la négritude ».

Tout se passe comme s’il était commode d’enfermer toute tentative de briser le racisme et le néo-colonialisme qui l’accompagne dans un mouvement historiquement daté et qui présuppose l’existence de « races » humaines.

Ni Césaire, ni Damas, – et encore moins Senghor – n’étaient – à l’époque- à l’abri des préjugés de leur époque. Cela n’enlève rien à leur talent.

Mais force est de constater que l’idée de « négritude » n’a guère de sens philosophique et aucune portée politique.

On pourrait même se demander si elle n’a pas été détournée pour renforcer le « racisme ».

Césaire était bien conscient de cette dérive lorsque dans son Discours sur la négritude (1987) il prenait soin d’expliquer que la négritude n’était nullement une affaire de couleur de peau.

« Je ne blesserai personne, écrit Césaire, en vous disant que j’avoue ne pas aimer tous les jours le mot négritude, même si c’est moi, avec la complicité de quelques autres, qui ai contribuer à l’inventer et à le lancer. »

« En fait, la négritude n’est pas essentiellement de l’ordre du biologique. De toute évidence, par-delà le biologique immédiat, elle fait référence à quelque chose de plus profond. »

« Ce [que nous avons] en commun […] ce n’est pas forcément une couleur de peau, mais le fait que [nous nous rattachons] d’une manière ou d’une autre à des groupes humains qui ont subi les pires violences de l’histoire, des groupes humains qui ont souffert et souffrent encore d’être marginalisés et opprimés. »

 

 

 

 

 

 

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