Schopenhauer : Adam était aussi noir que Jehovah

Schopenhauer : Adam était aussi noir que Jehovah

En 1851, dans un ouvrage intitulé Philosophie et science de la nature (traduction française 1911) le célèbre philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860), au grand désespoir de ses collègues racistes, affirme qu’Adam, le premier homme, est forcément né entre les tropiques (sinon il serait mort de froid), qu’il avait en conséquence la peau sombre, que si Dieu l’a créé à sa propre image, Dieu est aussi de la même couleur, que la blancheur de la peau des Européens est une dégénérescence liée à l’éloignement de la zone torride, que la couleur de la peau n’a aucune importance, et qu’il n’existe qu’une seule race: la race humaine.

Philosophie et science de la nature traduction Auguste Dietrich, Paris Alcan, 1911, pp 101-105,

« Dans les zones chaudes, l’homme est noir ou tout au moins brun foncé. C’est donc là, sans distinction de race, la véritable couleur naturelle et particulière de la race humaine, et il n’y a jamais eu de race naturellement blanche. Parler d’une telle race et partager puérilement les hommes en race blanche, jaune et noire, comme le font encore tous les livres, c’est témoigner d’une grande étroitesse d’esprit et d’un manque de réflexion. Déjà, dans les Suppléments au monde comme volonté et représentation (chapitre XLIV), j’ai étudié rapidement le sujet et émis l’opinion que jamais un homme blanc n’est sorti originairement du sein de la nature. Entre les tropiques seulement l’homme est chez lui, et partout il est noir ou brun foncé; il n’y a d’exception qu’en Amérique car cette partie du monde a été peuplée en majeure partie par des nations déjà décolorées, principalement par des Chinois. En attendant, les sauvages des forêts brésiliennes sont pourtant brun foncé. Ce n’est que lorsque l’homme s’est longtemps perpétué hors de la patrie naturelle à lui seule, située entre les tropiques et que, par suite de cet accroissement, sa race s’est répandue jusque dans les zones plus froides, que sa peau devient claire et enfin blanche. Ainsi donc, seule l’influence climatérique des zones modérées et froides a donné peu à peu à la race humaine européenne la couleur blanche. Avec quelle lenteur, nous le voyons par les tsiganes, tribu indoue qui, depuis le commencement du XVe siècle, mène en Europe une vie nomade, et dont la couleur tient encore à peu près le milieu entre les Indous et la nôtre. Il en est de même des familles nègres esclaves, qui depuis trois cents ans se perpétuent dans l’Amérique du Nord et dont la peau n’est devenue qu’un peu plus claire; il est vrai que cela provient de ce qu’elles se mêlent de temps en temps avec les nouveaux venus d’un noir d’ébène : rafraîchissement qui n’est pas le partage des tsiganes. La cause physique immédiate de cette décoloration de l’homme banni de sa patrie naturelle, je l’impute au fait que, dans le climat chaud, la lumière et la chaleur produisent sur le rete Malpighi [filet de Malpighi] une lente mais constante désoxydation de l’acide carbonique qui, chez nous, s’écoule par les pores sans se décomposer; il laisse ensuite assez de carbone pour suffire à la teinte de la peau. […] L’Adam de notre race doit en conséquence être conçu comme noir et il est risible de voir les peintres représenter ce premier homme blanc, couleur produite par décoloration. Jéhovah l’ayant créé à sa propre image, les artistes doivent également représenter celui-ci comme noir, mais il peuvent lui laisser sa traditionnelle barbe blanche traditionnelle, la barbe rare étant l’accessoire non de la couleur noire, mais uniquement de la race éthiopienne.

Les plus anciennes images de la Madone, telles qu’on les rencontre en Orient et dans quelques vieilles églises italiennes, ne font-elles pas aussi un visage de couleur noire, de même que celui de l’Enfant-Jésus ? Dans le fait, le peuple élu de Dieu a été tout entier noir, ou du moins brun foncé, et est aujourd’hui encore plus foncé que nous, qui descendons de peuplades païennes immigrées plus tôt. Mais la Syrie actuelle a été peuplée par des métis originaires en partie de l’Asie du Nord, comme les Turcomans, par exemple. Pareillement, Bouddha et même Confucius sont parfois aussi représentés comme étant noirs. (Voir Davis The Chinese, T. II p 66). Que la couleur blanche du visage indique une dégénérescence et ne soit pas naturelle, c’est ce que prouvent le dégoût et la répulsion ressentis à sa première vue par quelques peuples de l’intérieur de l’Afrique; elle leur apparaît comme un étiolement morbide. De jeunes négresses africaines, qui avaient accueilli très amicalement un voyageur, lui offraient du lait en chantant ceci : « Pauvre étranger, combien cela nous peine que tu sois si blanc ! » On lit dans une note du Don Juan de Byron (chant XII, stance 70) : « Le major Denham dit qu’au retour de ses voyages en Afrique, quand il revit pour la première fois les femmes de l’Europe, elles lui firent l’effet d’avoir des visages anormalement maladifs. » En attendant, les ethnographes continuent à parler tranquillement, comme leur prédécesseur Buffon (voir Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon, Paris 1844, p 160 et suivantes) des races blanche, jaune, rouge et noire, en prenant avant tout la couleur pour base de leurs divisions, tandis qu’en réalité celle-ci n’a rien d’essentiel, et que sa différence n’a d’autre origine que l’éloignement plus ou moins grand, plus ou moins récent aussi, d’une peuplade de la zone torride, la seule en effet où la race humaine soit indigène; tandis que, en dehors d’elle, cette race ne peut subsister qu’à l’aide de soins artificiels, en passant l’hiver en serre chaude, comme les plantes exotiques, ce qui amène peu à peu sa dégénérescence, tout d’abord quant à la couleur. »

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