Le 10 mai 2014 l’esclavage et le général Dumas

Le 10 mai 2014 l’esclavage et le général Dumas

Les 10 mai 2014 fut une journée historique et une étape dans la reconnaissance de la Nation au général Dumas.

Le président de l’association des Amis du général Dumas, l’écrivain et réalisateur Claude Ribbe, a réussi à imposer, malgré l’opposition du maire Front national, Franck Briffaut, une commémoration de l’esclavage particulièrement spectaculaire à Villers-Cotterêts, patrie du général Dumas.

En outre, en conclusion de la journée, place du général-Catroux, il a donné un caractère officiel à l’hommage dû par la Nation au général Dumas, par la présence, aux côtés d’Anne Hidalgo, maire de Paris, du Premier ministre, Manuel Valls, de la ministre de la Justice, Christiane Taubira et de la Ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin.

Par ailleurs, le président de la République avait préalablement rendu hommage au général Dumas et, prenant acte du succès de la commémoration de Villers-Cotterêts, avait envoyé la ministre de Outre-mer se recueillir vers 13 h 30, devant la plaque commémorative installée par l’association ds amis du général Dumas en 2006.

La commémoration de Villers-Cotterêts aura un caractère récurrent et elle sera organisée de la même manière par l’association des amis du général Dumas le 10 mai 2015 à 11 h, suivie d’une commémoration avec la ville de Paris à 18 h place du général-Catroux.

 

Communiqué de l’association des Amis du général Dumas, présidée par Claude Ribbe

Paris, 11 mai 2014

Réparation pour le général Dumas :

L’association des Amis du général Dumas demande à M. François Hollande, président de la République, d’étudier un moyen de décerner symboliquement la Légion d’honneur au général Dumas et d’affecter l’hôtel Gaillard à un Centre Dumas, maison des Outre-mer et mémorial de l’esclavage.

 

L’association des amis du général Dumas, qui a organisé la commémoration de l’esclavage à Villers-Cotterêts, le 10 mai 2014, malgré le refus de commémorer du maire FN, M. Franck Brifaut, prend acte de l’hommage rendu par le Président de la République au général Dumas, à l’occasion de la journée de commémoration de l’esclavage du 10 mai 2014.

Elle prend acte également de l’attitude du Premier ministre, M. Manuel Valls, qui, le 10 mai 2014, place du général-Catroux, à 17 h, s’est déplacé, aux côtés d’Anne Hidalgo, maire de Paris, pour déposer une gerbe en mémoire du général Dumas et, à travers lui, de tous les esclaves.

Pour donner un caractère plus solennel à ce déplacement, le Premier ministre s’était fait accompagner de Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux , ministre de la Justice, et de Madame George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer.

Il a ensuite prononcé des paroles fortes qui feront date.

De toute évidence, la figure emblématique du général Dumas a donné un éclat particulier à une journée dont la partie officielle – réservée aux invités – est devenue, d’année en année, assez répétitive depuis 2006.

L’association des Amis du général Dumas n’est pas dupe du fait que l’intérêt soudain porté au général Dumas est lié au contexte politique des élections européennes et au refus du Front national, extrêmement condamnable par ailleurs, de commémorer l’esclavage à Villers-Cotterêts, patrie du général Dumas.

Quoi qu’il en soit, c’est là une première étape pour faire entrer une grande figure discriminée de l’histoire de France dans le Panthéon national.

L’association des Amis du général Dumas tient à rappeler qu’elle avait adressé à M. François Hollande, alors candidat à la candidature à la présidence de la République, une lettre en date du 27 septembre 2011.

Le même courrier avait été adressé à tous les candidats alors déclarés à l’élection présidentielle, y compris à Mme Marine Le Pen.

Cette lettre, en préambule du 250e anniversaire de la naissance du général Dumas, demandait à tous les candidats et notamment à M. François Hollande :

 

« 1°/ Pensez-vous que la valorisation des personnages remarquables de l’histoire de France issus de la « diversité » soit une manière de renforcer le lien social, notamment pour les jeunes issus de l’immigration qui sont privés des héros et héroïnes positifs qui leur ressemblent ?

2°/ De quelle manière concrète pensez-vous rendre leur place, dans le panthéon national, aux héros et héroïnes de l’histoire de France issus de la «diversité» ?

3°/ Pensez-vous qu’il soit possible d’inscrire cette démarche dans un lieu de mémoire particulier tel qu’un musée ou un établissement culturel spécifique – un centre Dumas par exemple – éventuellement rattaché au futur musée de l’histoire de France et quels moyens concrets prévoyez-vous pour y parvenir ?

4°/ Comment envisagez-vous de rendre hommage au général Alexandre Dumas en 2012, dans le cadre du 250e anniversaire de sa naissance ?

5°/ Quelles suites, concrètes ou symboliques, pensez-vous donner à la demande du général Dumas, pendante depuis 1802, d’admission dans l’ordre national de la Légion d’honneur ? »

 

L’association des Amis du général n’a jamais reçu aucune réponse, ni de M . François Hollande, alors candidat, depuis élu président de la République française, ni d’aucun des candidats déclarés à la présidence de la République.

Cela n’a pas empêché l’association des Amis du général Dumas de commémorer, dans l’indifférence des politiques, le 250e anniversaire de la naissance du général Dumas, le 25 mars 2012 place du général-Catroux, devant le monument érigé, à sa demande, en 2009, par la ville de Paris.

Le moment est venu d’interpeller M. François Hollande, président de la République, sachant que Marine Le Pen, si elle n’a pas répondu au courrier qui lui avait été adressé par l’association des Amis du général Dumas le 27 septembre 2011, a déclaré publiquement le 2 février 2012, alors qu’elle présentait son comité de soutien pour la campagne présidentielle que, si elle était élue, elle décernerait au général Dumas, à titre posthume, l’ordre national de la Légion d’honneur.

Le général Dumas, qui en avait fait la demande, plusieurs fois réitérée, a été privé d’être admis de droit – ayant reçu un sabre d’honneur en 1798 – dans l’ordre national de la légion d‘honneur lors de sa création en 1802, simplement à cause de sa couleur de peau et parce qu’il était né esclave.

Il est assez évident que l’engagement de Mme Le Pen en février 2012 est parfaitement contradictoire avec l’attitude du maire Front national de Villers-Cotterêts en avril 2014, attitude qu’elle n’a pas désavouée.

Par ailleurs, l’association demande depuis 2008 au gouvernement qu’un bâtiment de 6000 m2 appartenant à la banque de France, longtemps à l’abandon, l’hôtel Gaillard, sis place du général-Catroux, face au monument au général Dumas, soit affecté, sous le nom de Centre Dumas, à la mémoire de l‘esclavage et des grandes figures de la « diversité ».

Ce bâtiment est actuellement affecté, par la banque de France, à un projet placé sous la responsabilité de M. Marc Olivier Strauss-Kahn.

Ce projet tend à faire de l’hôtel Gailard un centre de l’économie et de la finance. Les seuls visiteurs prévus pour ce centre sont les élèves de l’enseignement public. Le financement de ce projet serait assuré par la Banque de France, par un prélévement sur les dividendes normalement versés au Trésor.

Ce projet a été très critiqué au motif que la création, aux dépens de l’État, d’un centre de l‘Économie et de la Finance serait une singulière façon – en période d’austérité – d’apprendre l’économie aux écoliers de France, outre le fait que l’hôtel de la Monnaie a déjà cette vocation.

Autant dire que ce projet, qui devait aboutir en 2016, est quasiment-mort né et que le bâtiment a de fortes chances d’être de nouveau abandonné.

M. François Hollande avait promis à l’Outre-mer, en mars 2012, l’ouverture d’une maison de l’Outre-mer à Paris. Force est de constater que le dossier – actuellement confié à un préfet – n’a pas avancé.

 

En conséquence, l’Association des amis du général Dumas demande au Président de la République, dans le prolongement de ses déclarations du 10 mai 2014, et en réparation aux injustices racistes commises contre le général Dumas, né esclave, d’examiner le moyen de faire entrer symboliquement le général Dumas dans l’ordre national de la Légion d’honneur, dont M. Hollande est le grand maître, et d’affecter l’hôtel Gaillard, place du général-Catroux, à un centre Dumas, conjointement piloté et financé parla mairie de Paris, étant bien entendu que ce Centre pourrait notamment abriter la maison des Outre-mer ainsi qu’un mémorial de l’esclavage.

 

Pour l’association des Amis du général Dumas,

Claude Ribbe, président

 

P.J.

 

Le courrier adressé à M. François Hollande (et aux autres candidats à la présidentielle) par l’association des Amis du général Dumas le 27 septembre 2011 (resté sans réponse)

 

Le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse. Il a risqué soixante fois sa vie pour la France et est mort pauvre. Une pareille existence est un chef-d’œuvre auquel rien n’est à comparer. Anatole France.

 

 

Monsieur ,

 

L’association des amis du général Dumas, créée en 2006, se propose de valoriser la mémoire du général Alexandre Dumas (Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie dit Dumas) né esclave à Jérémie (aujourd’hui République d’Haïti) en 1762, mort libre à Villers-Cotterêts en 1806, héros de la Révolution française, premier général français d’origine afro-antillaise, père de l’écrivain français le plus lu dans le monde.

D’une manière plus extensive, l’association œuvre pour que les personnages remarquables de l’histoire de France issus de la « diversité » – aussi nombreux que méconnus – reprennent la place qu’ils méritent dans le panthéon national.

L’écrivain Claude Ribbe, biographe du général Dumas, avait obtenu qu’un hommage particulier et solennel au général Dumas soit rendu au Sénat en 2002, en ouverture de l’entrée au Panthéon de l’écrivain Alexandre Dumas.

L’association a obtenu en 2009 qu’un monument évoquant le général Dumas soit installé à Paris (place du général-Catroux 17e) à la place d’une statue érigée en 1913 et abattue par les collaborateurs en 1943. C’est devant ce monument que, tous les 10 mai, depuis le 10 mai 2009, se déroule une cérémonie de commémoration de l’abolition de l’esclavage, co-organisée par la ville de Paris et l’association des amis du général Dumas. Cette cérémonie, très populaire, rassemble un millier de participants. Depuis 2009, elle a bénéficié du concours de l’armée française.

L’association œuvre à présent pour que le général Dumas, écarté dès 1802 de l’ordre national de la Légion d’honneur, en raison de sa couleur de peau et de ses origines – alors qu’il en était membre de plein droit et qu’il avait fait une demande dans ce sens – y soit admis d’une manière ou d’une autre. Plusieurs requêtes ont été adressées depuis 2002 au Président de la République : requêtes d’abord individuelles de l’écrivain Claude Ribbe ensuite relayées par l’association qu’il a fondée en 2006. Ces requêtes, reçues par M. Jacques Chirac, puis par M. Nicolas Sarkozy, sont restées jusqu’à présent sans effet. Il convient de rappeler qu’Alexandre Dumas est le seul général français depuis 1802 jusqu’à nos jours qui ait été privé de Légion d’honneur. Tous ses aides de camps ont été admis dans cet ordre.

L’association des amis du général Dumas préconise enfin la création d’un centre Dumas, consacré aux personnages remarquables de l’histoire de la « diversité ». Ce centre pourrait être rattaché au futur musée de l’histoire de France.

À l’occasion du 250e anniversaire de la naissance du général Dumas, en 2012, l’association adresse à tous les candidats – déclarés ou probables – à l’élection présidentielle le questionnaire suivant, dont les réponses seront rendues publiques quelques semaines avant le premier tour de scrutin. Les candidats n’ayant pas répondu seront censés n’être intéressés ni par le général Dumas ni par les héros de l’histoire de France issus de la « diversité ».

[…]

1°/ Pensez-vous que la valorisation des personnages remarquables de l’histoire de France issus de la « diversité » soit une manière de renforcer le lien social, notamment pour les jeunes issus de l’immigration qui sont privés des héros et héroïnes positifs qui leur ressemblent ?

2°/ De quelle manière concrète pensez-vous rendre leur place, dans le panthéon national, aux héros et héroïnes de l’histoire de France issus de la «diversité» ?

3°/ Pensez-vous qu’il soit possible d’inscrire cette démarche dans un lieu de mémoire particulier tel qu’un musée ou un établissement culturel spécifique – un centre Dumas par exemple – éventuellement rattaché au futur musée de l’histoire de France et quels moyens concrets prévoyez-vous pour y parvenir ?

4°/ Comment envisagez-vous de rendre hommage au général Alexandre Dumas en 2012, dans le cadre du 250e anniversaire de sa naissance ?

5°/ Quelles suites, concrètes ou symboliques, pensez-vous donner à la demande du général Dumas, pendante depuis 1802, d’admission dans l’ordre national de la Légion d’honneur ?

 

Nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de notre haute considération.

 

Claude Ribbe

Président de l’association des amis du général Dumas

 

 

Allocution de Claude Ribbe, président de l’association des Amis du général Dumas, place du général-Catroux, Paris 17e, le 10 mai 2014 à 18 h.

 

Monsieur le Premier Ministre,

Madame la garde des Sceaux et chère Christiane Taubira,

Madame la Ministre des Outre-Mer et Chère George Pau-Langevin,

Madame la Maire de Paris, et Chère Anne Hidalgo,

Madame la Maire du 17e arrondissement et Chère Brigitte Kuster,

Mesdames les Maires-adjointes,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les responsables associatifs,

Et Chers Amis fidèles du général Dumas,

 

C’est un grand honneur et une grande émotion que d’accueillir ici et maintenant, autour de notre nouvelle Maire, les plus hautes personnalités de la République. C’est aussi le signe que le combat que nous menons depuis plus de 12 ans n’est pas vain. Il a consisté tout d‘abord à réhabiliter un homme rayé des livres d’histoire à cause de sa couleur et de ses origines, à recréer un lieu de mémoire dans l’espace public parisien dédié à cet homme puisque les racistes de 1943 avaient vandalisé le monument qui le montrait dans toute sa négritude et sa splendeur. Il a consisté à utiliser ce nouveau lieu de mémoire pour honorer ensemble, ici, tous les 10 mai, le général Dumas bien sûr, mais aussi à travers ce vaillant soldat de la Révolution tous les esclaves déportés par la France, et leur descendants qui ressentent encore une blessure d’autant plus vive que certains idéologues, certains tribuns, nient la réalité ou l’importance du crime pourtant récemment reconnu par la République française. Un crime contre l’Humanité. L’esclavage. Pas l’esclavage tout aussi criminel d’aujourd’hui. Non, l’esclavage d’État, encouragé, subventionné, déculpabilisé, légalisé, codifié. L’esclavage déshumanisant et raciste.

J’entends dire que commémorer l’esclavage serait l’aveu d’une culpabilité. Je suis français et je commémore aujourd’hui. Je me souviens avec vous – c’est le sens du mot commémorer – qu’un crime fut commis. Suis-je coupable ? Non. Y a-t-il parmi vous des gens plus coupables que moi ? Non, puisque vous êtes ici et que nous reconnaissons ensemble que c’était un crime. Par conséquent, on peut se demander si ceux qui refusent de commémorer n’assument pas, justement –sans qu’on leur ait rien demandé – la culpabilité de ce crime. On peut même se demander si la culpabilisation ce n’est pas, justement, le refus de commémorer l’esclavage. Ou d’autres crimes.

Je ne parle même pas de repentance – ce mot vieillot exhumé par des communicants d’extrême droite bien payés qui nous renvoie avec maladresse au temps du Code noir. Le refus de la repentance est d’ailleurs contradictoire avec le refus de la culpabilisation car si l’on refuse de se repentir c’est bien qu’on admet implicitement une certaine culpabilité.

Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre, Madame la Maire, c’est déjà un bon début de rendre hommage au général Dumas et à travers lui aux esclaves, mais leurs descendants attendent aussi des mesures qui leur ont été promises par vous : un vrai plan de lutte contre le racisme, séquelle de l’esclavage, le retrait de l’ignoble mot de race de notre constitution, une chaîne de télévision publique qui nous soit pleinement dédiée pour faire connaître nos cultures et notre histoire, et la mise en place d’un centre – pourquoi pas Dumas – qui serait notre lieu de mémoire, peut-être dans ce bâtiment désaffecté qui est en face de nous – l’hôtel Gaillard -et que je désigne tous les ans.

On aurait envisagé d’y apprendre à nos enfants – paraît-il – l’histoire de la Finance (aux frais de l’État) mais commençons donc par apprendre à nos enfants l’histoire de leur pays, sans rien leur cacher, pour que cela ne recommence jamais et pour qu’ils soient fiers du général Dumas.

Allocution de Claude Ribbe à Villers-Cotterêts en ouverture de la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai 2014

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les responsables associatifs et syndicaux,

Chers amis Cotteréziens et Axonais,

 

C’est avec une grande émotion, plus de huit ans après avoir eu l’initiative de faire apposer cette plaque sur cette maison, que je vous accueille, au nom de l’association des Amis du général Dumas, qui a eu l’initiative de cette réunion et qui l’organise, pour commémorer aujourd’hui l’esclavage et ses abolitions à travers l’exemple magnifique de Thomas-Alexandre Davy de La Pailleterie dit Alexandre Dumas.

Je tiens à rendre un hommage particulier à Marc et Magali Thierry, propriétaires de cette maison, qui avaient accepté en 2006 que cette plaque y soit apposée et je prie tous les intervenants de rester dans le cadre strict et digne d’une commémoration de l’esclavage et du général Dumas afin que les propriétaires de cet immeuble, que je salue, n’aient pas à déplorer une récupération par les uns ou des autres.

Je tiens à rendre hommage aussi à un ami disparu, François Angot, qui était là voici huit ans, avec lequel j’ai dévoilé cette plaque et qui nous a quittés. Il aurait été fier de me voir ici défendre la mémoire du général Dumas et de son fils.

Pourquoi cette plaque et pourquoi commémorer ici et maintenant l’esclavage et ses abolitions en cette journée du 10 mai 2014 ?

C’est très simple. Voici 208 ans, un homme extraordinaire est mort dans cette maison qui était alors un hôtel, l’hôtel de l’Epée. Il avait 46 ans. C’était là qu’il avait passé les derniers moments de sa courte vie. Il était malade. Il était pauvre. Il laissait une veuve et deux enfants. Avant de mourir, il fit fondre le pommeau d’or de la canne de son père. C’était tout ce qui lui restait. Pourtant il avait été général de division et c’était le plus brave des généraux. Il avait commandé trois armées. Il avait sauvé la France. C’était un homme de gauche mais il avait épargné les Vendéens. C’est lui qu’on était venu chercher ici en 1795, pour défendre la République contre l’extrême droite d’alors. Il aurait pu gouverner la France. Mais un autre homme l’avait rayé des cadres 3 ans et demi plus tôt. Cet homme là, Napoléon Bonaparte, avait mis fin à la carrière du général Dumas par jalousie, mais surtout par racisme. Napoléon Bonaparte, en 1802, avait mis en place un système de ségrégation raciale en France. Par deux arrêtés consulaires non publiés, mais qu’on peut consulter aux archives, Il avait écarté de l’armée ceux qu’il appelait les nègres et autres gens de couleur. Il les avait assignés à résidence en fonction de la teinte de leur peau. Les militaires nègres devaient résider dans deux villes du sud de la France et les militaires de couleur à plus de 100 kilomètres de la capitale. En ce qui concerne le général Dumas, Napoléon l’avait en outre ruiné en refusant de lui verser un arriéré de pension qui lui était due pour avoir été plus d’un an prisonnier de guerre dans des conditions atroces.

Le général Dumas vivait donc ici dans une situation irrégulière. Parce qu’il était né esclave, parce que sa mère aussi était esclave. Non pas esclaves, comme ces jeunes filles qui ont été enlevées par un criminel, ce que toute l’Europe réprouve aujourd’hui. Mais esclaves dans un cadre légal, approuvé par toute l’Europe et en particulier par la France qui reconnaissait, dans le texte le plus monstrueux jamais imprimé, que le futur général Dumas, à sa naissance, n’avait pas la qualité d’homme et évidemment pas la qualité de citoyen. On dit pudiquement qu’il était fils d’esclave, mais il l’était lui-même à sa naissance. D’ailleurs il fut vendu par son père qui avait besoin d’argent pour venir toucher un héritage. Vendu puis racheté par ce même père. Et c’est à cause de cette vente et de ce rachat qu’il voulut porter un autre nom que celui de son père pour s’engager dans l’armée et défendre son pays. Son nom d’homme libre, son nom de guerre, choisi en 1786, c’était Alexandre Dumas. Le monde entier aujourd’hui connaît ce nom. Non pas à cause du général, mais à cause de son fils, qui avait trois ans lorsque le général est mort et qui, plus tard, allait reprendre ce nom pour le venger et qui allait devenir, lui qui était né à Villers-Cotterets, le plus célèbre écrivain français de tout les temps.

Alexandre Dumas l’écrivain , dès sa jeunesse, allait porter aussi le stigmate de ses origines et de sa couleur. Bien que fils de général, il n’aurait pas le droit de faire des études. Aujourd’hui encore, il est de bon ton, pour certains, de douter de ses capacités à écrire.

Qui oserait dire que cette histoire n’a rien à voir avec le racisme ni avec l’esclavage ? Personne ne viendrait nous le dire en face. A commencer par le maire de Villers-Cotterets, Franck Briffaut, qui s‘est déshonoré en refusant de commémorer officiellement l’abolition de l’esclavage aujourd’hui devant cette plaque. Son parti aussi, le Front national, s’est déshonoré en ne le désavouant pas.

Car devant cette plaque, apposée en 2006, huit années durant, les maires de Villers-Cotterets, de droite et de gauche, sont venus commémorer l’abolition de l’esclavage.

Qu’on ne nous parle pas de refus de la culpabilisation. La culpabilisation c’est quand on se cache, comme le fait le maire de Villers-Cotterets aujourd’hui. Quand on se cache, c’est qu’on a quelque chose à se reprocher, et qu’on prend le risque de se désigner comme le coupable. Ceux qui sont ici, nous savons, par leur seule présence, qu’ils ne se sentent coupables de rien. On n’a pas demandé au maire de Villers-Cotterêts d’assumer la culpabilité de l’esclavage. Mais c’est lui qui l’assume, en refusant de commémorer. S’il ne se sentait pas coupable, pourquoi nous parlerait-il de repentance ? Quand on est innocent, on n’a pas besoin de dire qu’on ne se repentira pas.

Et ce qui est vrai pour le Front national l’est tout autant pour les élus de la Nation qui viennent braconner sur ses terres de l’extrême-droite comme ce Mariani qui ose utiliser un seul cas d’esclavage contemporain, qui est un crime odieux reconnu par toutes les nations, pour excuser l’esclavage raciste que nous commémorons, un système de masse, globalisé, mais qui était légal et encouragé par la France avec des primes et des subventions.

Pourtant ici à Villers-Coterets la population de 1789 avait accueilli avec chaleur le général – des lettres en témoignent. Il avait épousé la fille d’un aubergiste. Il était la fierté de cette commune qui n’avait jamais eu de général.

C’est cela que nous commémorons depuis 8 ans. Ce refus du racisme et de l’esclavage qui est dans la tradition de Villers-Cotterets et du département de l’Aisne. Je ne vois rien de honteux dans l’histoire de cette ville et de ce département qui me sont chers.

Ce qui est honteux, c’est de penser que si un autre futur général Dumas arrivait aujourd’hui, sans papiers, comme l’était le général, cela déplairait fortement au maire de la ville qui, de toute évidence, n’aime pas les étrangers et surtout ceux qui viennent d’Afrique ou des Antilles.

Pourtant, il me semble que les négriers européens qui commencèrent à razzier des Africains, dès 1444, n’étaient pas en règle non plus. Il me semble que la bénédiction du pape Nicolas V n’était pas un titre suffisant pour dévaster un continent et déporter ses habitants.

Pourtant il me semble que les Sénégalais de 14-18, envoyés à la mort pour défendre cette terre en 1917 par le général Mangin – cette rue porte son nom – n’étaient pas en règle non plus quand ils avaient été enrôlés de force.

L’esclavage est aujourd’hui aboli, mais le racisme, qui en est la conséquence, se porte bien, de toute évidence, en particulier à Villers-Cotterêts.

C’est pour cela que nous commémorons. Pour lutter contre ce racisme qui est en train de gangréner la France et qui frappe au premier chef les descendants des esclaves, citoyens français des Outre-mer. Ce ne sont pas des étrangers, encore moins des sans-papiers, mais ils sont traités comme tels. Et ils sont nombreux à Villers-Cotterêts. Beaucoup s’y sont installés en pensant que la tradition liée au général Dumas les protégerait. Et aujourd’hui ils ont peur.

C’est aussi pour cela que nous sommes venus. Et j’avertis solennellement ceux qui maltraitent les descendants d’esclaves, les racistes qui ne veulent par commémorer l’histoire de leurs compatriotes qui est pourtant partie intégrante de l’histoire nationale.

S’il s’avérait que les héritiers des victimes ne sont pas les bienvenus dans les villes où les racistes se sont fait élire par effraction, en profitant de la misère et du désespoir, ceux dont le racisme est le fonds de commerce électoral ne seraient pas non plus les bienvenus dans nos Outre-mer.

Oui , la commémoration de l’abolition de l’esclavage est nécessaire parce qu’elle nous oblige à revenir aux origines du racisme, qui n’est pas une fatalité.

Et le passé de Villers-Cotterêts, l’arrivée du général Dumas en 1789, en sont le témoignage.

Vous aurez peut-être remarqué que le mot d’esclavage ne figure pas sur cette plaque et ce n’est pas un hasard. Il n’y avait pas besoin que ce mot y figure pour que les élus de Villers-Cotterets et le préfet choisissent l’histoire emblématique du général Dumas pour rendre hommage aux esclaves et à leurs descendants.

Nous sommes fiers aujourd’hui de perpétuer cette tradition. Nous reviendrons à Villers-Cotterêts, tous les 10 mai, à 11 h devant cette plaque. Et un jour, un nouveau maire sera à nos côtés.

En attendant, je dédie cette journée au général Dumas et je vous prie de noter qu’elle se prolongera tout à l’heure à Paris, à 17 h 30 place du général-Catroux, dans le 17e grâce à l’association des amis du général Dumas, qui l’organise également. Toutes celles et tous ceux qui sont ici sont cordialement invités à nous y rejoindre. Le caractère officiel refusé par le maire de Villers-Cotterets à la commémoration du général Dumas et de l’esclavage lui sera rendu à avec éclat par la Maire de Paris et par la République française, à travers la venue de son Premier ministre.

Cette commémoration de l’esclavage, cette journée de revanche pour le général Dumas, c’ est un moment fort qui s’inscrira dans l’histoire et je vous remercie d’y avoir contribué en étant présents aujourd’hui .

 

Une réaction au sujet de « Le 10 mai 2014 l’esclavage et le général Dumas »

  1. Mes respects monsieur Claude RIBBE. Petit a petit l’oiseau fait son nid. Millimètre par millimètre, centimètre par centimètre vous faites bouger les lignes. Ce monstre qu’est une certaine France a l’égard des non-blancs va peut être faire son aggiornamento. L’Angleterre et les US l’ont fait. La France le fera aussi. Il faut pour cela que la communauté noire de France cesse de servir de serpilliere en trouvant cela normal puisque l’esclavage et le colonialisme l’en ont convaincue. L’agressivite redoublee de certaines personnes est tres bon signe. Elle montre que ces personnes sont sur la défensive. Mr Ribbe, un jour il faudra ajouter votre propre histoire dans la liste de ces héros oublies.
    Encore une fois chapeau bas ! Vous n’avez pas encore reussi a me rendre Taubira et Valls sympathiques pour autant. Mes amours avec les socialos, c’est bien fini !

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